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Histoire de la Harpe Celtique

par Bénédicte Riou

1. Les origines sumériennes

2. La harpe égyptienne

3. La lyre grecque

4. Autres harpes antiques

5. Le Crwth

6. La naissance de la Harpe Irlandaise

7. La Harpe Galloise

8. Les bardes des temps anciens

9. Le rassemblement de Belfast

 

1. Les origines sumériennes

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Les plus anciennes représentations de la harpe viennent de Mésopotamie et de la région de la Mer Egée, sur des tablettes datant de 2800 avant J.C. Par harpe, on entend un instrument dont les cordes viennent directement de la caisse de résonance, et qui sont exposées des 2 côtés. (Définition donnée par A. Kinnaird dans son livre Tree of Strings). Ces représentations sont en fait des lyres, dont les cordes, au lieu de sortir verticalement de la caisse de résonance, la parcourent horizontalement, comme sur la photo ci-contre.

La lyre aurait été inventée par les Sumériens vers 3200 avant J.C.

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2. La harpe égyptienne

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Le véritable ancêtre de la harpe est la harpe ancienne égyptienne. On en trouve les premières représentations à Thèbes vers le 10e siècle avant J.C. Elles sont caractérisées par l'absence de colonne droite sur le devant de l'instrument, et par un imposant socle qui donne à la harpe la résistance nécessaire à l'extrême tension des cordes. Mr. Bruce, de Kinnaird en Ecosse, nous rapporte que les musiciens jouaient debout, sur des harpes totalisant en général 13 cordes (à priori 2 octaves complets). La caisse de résonance devait être faite de 4 pièces de bois, s'élargisssant vers le bas. Les dessins ci-dessous, exécutés pour M. Bruce, nous montrent des harpes à 13 ou 18 cordes.

Ces cordes, peut-être faites de cheveux ou de fibres végétales tressées, étaient attachées au socle d'un côté, et au bras supérieur de la harpe de l'autre côté, par un noeud qu'il suffisait de modifier ou de tourner pour accorder l'instrument.

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3. La lyre grecque

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La lyre était l'instrument national de la Grèce antique. Dans la mythologie grecque, la lyre aurait été inventée par Mercure, puis donnée à Apollon. Le corps de l'instrument était la carapace d'une tortue, et la lyre fut ainsi appelée testudo par les Romains. Diodorus Siculus, 45 avant J.C., lui donnait 3 ou 4 cordes.

Les grecs étaient très protectionnistes par rapport à leur morale et leur culture: la musique devait être simple, et sans arrangements, avec uniquement la mélodie. Terpander, en 671 ap. J.C., donna 7 cordes à la lyre (comme dans l'Hymne d'Homère à Mercure), mais c'était le maximum tolérable. Un certain Timotheus voulut augmenter ce chiffre à 11 cordes, et fut banni par l'Etat Sparte pour avoir innové, ce qui était contraire à la simplicité nationale!

Sur le dessin ci-contre, la femme joue en l'honneur de la Déesse posée sur le piédestal en arrière-plan. Le dessin juste en-dessous possède 7 cordes, ce qui lui donne une signification astrologique. C'est, selon la légende, la même que celle d'Orphée.

agrandir La harpe ci-contre est celle de Pythagore, et possède la forme d'un tripode. Elle est construite comme un tabouret qui peut tourner sur lui-même; les cordes sont fixées à des pièces de bois, placées entre les pieds du "tabouret", avec des chevilles pour consolider le tout et maintenir l'écartement. La forme arrondie sur le dessus de l'instrument sert à la fois d'ornement et pour diffuser le son. Pythagore s'en servait comme avec 3 lyres, en jouant une mesure sur chaque intervalle de cordes, et en faisant à chaque fois tourner l'instrument avec son pied tout en déplaçant rapidement la main vers l'autre côté.

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4. Autres harpes antiques

agrandir La harpe ci-contre est supposée être celle de l'Empereur Alexandre.
agrandir Cette harpe est celle de David jouant pour le Roi Saul. Elle est appelée Kinnor en hébreu, et vient des harpes égyptiennes. Elle possède 10 cordes, et sa petite taille permettait de danser pendant les fêtes religieuses.
agrandir Ces harpes triangulaires sont perses, mais ont aujourd'hui totalement disparu du patrimoine de cette région.

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5. Le Crwth

agrandir Le crwth (crowde, ou cruit en Gaëlique) est considéré à la fois comme l'ancêtre de la harpe et du violon, car certaines gravures le représentent avec un musicien utilisant une sorte d'archer qu'il fait glisser sur les cordes. Le crwth est à priori une invention britannique du Ve siècle, largement adoptée par l'ensemble des tribus celtes. Les bardes les plus anciens, décrits au VIIe s. sous le règne du Roi brittanique Cadwallder, les utilisaient très largement. Ils servaient d'accompagnement ténor de la harpe pendant les fêtes.

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6. La naissance de la Harpe Irlandaise

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La harpe Irlandaise tient son origine des harpes égyptiennes.

La première harpe de transition, appelée theca, vit son socle inférieur disparaître, comme sur le dessin ci-contre.

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Puis la forme triangulaire apparut, ajoutant une colonne verticale à l'instrument (2e dessin).
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Les premières harpes irlandaises apparurent au Ve s., et étaient de forme plutôt ramassée. L' angle entre la colonne verticale et la console horizontale était auparavant aigu, il devint oblique, donnant à la harpe une courbure parfaite, basée sur des principes harmoniques de juste proportion de cordes.

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Il existait ainsi, sous le règne de Henri II, 3 sortes de harpes:

- la clairseach, à cordes métal (30 cordes), douce et apaisante;

- la keirnine, ou petite harpe, utilisée pour jouer des airs vifs et rapides;

- le cruit, qui accompagnait la harpe.

La Harpe exposée au Trinity College, à Dublin, est la plus ancienne conservée à ce jour. Elle nous viendrait directement du Roi Brian Boiromhe, ou Boru, roi d'Irlande tué au combat contre les Danes, à Clontarf, près de Dublin, en 1014.

Elle possède une seule rangée de 30 cordes. La table est en chêne, la colonne et la console en saule rouge; la console est plaquée d'argent et de pierreries, et la harpe possède les armoiries de la famille Boru (une main ensanglantée supportée par des lions).

Cette harpe se jouait avec les ongles longs, taillés pour imiter les pennes (partie dure d'une plume) utilisés pour les instruments à cordes frappées.

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La Harpe Irlandaise type se tenait comme sur le dessin ci-contre, datée du XIIIe s, et appelée la Harpe Calédonienne. C'est une harpe portative, placée sur les genoux, qui se joue à 2 mains et possède 14 cordes. C'est la même que la harpe Irlandaise actuelle.

En 1380, une charte de Ménestrels éditée à Tedbury, dans le Staffordshire, par le roi de Castile et Leon, John de Gaunt, parle d'une harpe à 25 cordes.

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7. La Harpe Galloise

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La harpe galloise possédait à l'origine une seule rangée de 9 cordes, en boyau ou en crins finement tressés. Plus tard, elle adopta 2, puis 3 rangées de cordes, avec jusqu'à 98 cordes réparties en 5 octaves + 1 note.

L'une des versions décrites montre la rangée de droite avec 36 cordes, la rangée de gauche avec 26 cordes, et la rangée du milieu, qui servait pour les demi-tons( dièses et bémols), comptait 35 cordes (soit un total de 97 cordes).

Les cordes provenaient de trous répartis en quinconce sur la table, ce qui permettait d'atteindre les cordes du milieu pour jouer les altérations. Il est à présent certain que la harpe galloise fut importée vers 1135 par un corps de bardes Irlandais. La harpe ci-dessous est l'oeuvre du luthier Alun Thomas, et montre bien la triple rangée de cordes.

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8. Les bardes des temps anciens

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La plus ancienne trace que l'on a des bardes celtes vient du VIIe s. Les musiciens étaient alors attachés aux Nobles, portaient leur livrée (souvent des vêtements somptueux), et jouaient même dans la chambre de leur maître le soir pour les endormir.

Au XIe s, apparurent 3 castes de bardes : les poètes, qui jouaient de la harpe; les héraults, qui jouaient du crwth en accompagnant la harpe; et les musiciens, qui chantaient sur la harpe jouée par les poètes.

Une anecdote rapporte qu'en 1130, un musicien se fit fort de diriger les émotions du Roi Ericus, roi du Danemark, à sa guise. Le Roi, après avoir été ému, devient si colérique qu'il gifla plusieurs de ses proches, ce dont il se désola une fois qu'il eut recouvré ses esprits! La légende raconte que les bardes pouvaient se dresser entre 2 armées sur un champ de bataille, et à force d'éloquence, mettre un terme à la guerre.

Lors de la christianisation, les conflits entre bardes et ecclésiastiques, jaloux du pouvoir des bardes, augmentèrent. Les bardes ne devaient jouer le dimanche que des chants religieux, et ne pouvaient chanter l'amour et la guerre que les autres jours de la semaine.

Au XIVe s., les chartes ou guildes régissant le statut de barde ou ménestrel se généralisèrent, car le pouvoir des bardes était tel que nombre de brigands s'en servaient pour s'introduire chez les Nobles maisons et les abuser.

A la fin du XVIe s, au cours de la 39e année du règne d'Elizabeth, les ménestrels "errants" furent pourchassés au même titre que les mendiants et les vagabonds. Ceci mit un terme à la profession et amorça le déclin de la harpe celtique.

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9. Le rassemblement de Belfast

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En avril 1792, fut organisé le premier "Belfast Harp Festival", afin d'encourager la diffusion de la harpe celtique, de préserver sa musique et sa poésie pour la postérité, et d'enrayer le déclin amorcé au XVIe s.

11 harpeurs répondirent à l'appel, 10 Irlandais et 1 harpeur du Pays de Galles: Dennis Hempson (97 ans), Arthur O'Neill (58), Rose Mooney (52), Daniel Black (75), Hugh Higgins (55), Patrick Quin (47), Charles Fanning (56), Charles Byrne (80), James Duncan (45), William Carr (15) et Williams the Welshman. La plupart étaient âgés et aveugles, mais ils représentaient la quintessence de l'art de la harpe à cette époque. Pendant 3 jours, ils jouèrent, et un jeune homme nommé Edward Bunting passa parmi eux pour noter le plus fidèlement possible leur répertoire. Des prix furent ensuite accordés aux plus méritants d'entre eux.

Ce rassemblement fut le dernier du genre, et la source majeure du répertoire actuel de musique ancienne irlandaise.

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Références
- The ancient music of Ireland - The Bunting collection - éditions Waltons - ISBN 1857201396
- www.celticharper.com
Tous les dessins sont extraits de The Bunting collection, avec l'aimable autorisation des éditions Waltons.
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