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L'arrangement
des danses bretonnes à la harpe pose question, car l'utilisation
de cet instrument pour accompagner la danse est très récente.
Autant la harpe est parfaitement adaptée aux musiques des
pays gaéliques, dont elle est un des instruments traditionnels
et emblématique, autant elle fait figure d'instrument d'importation
pour la musique bretonne. Concernant plus précisément
la danse, la difficulté principale consiste à marquer
correctement les pas, qui est un élément fondamental
des danses communautaires bretonnes. Dans des dañs tro,
il est essentiel que le rythme soit scandé avec une régularité
et une force indéfectibles, afin que les danseurs évoluent
de manière uniforme et harmonieuse. Or, la harpe se prête
mal à l'imposition d'un rythme marqué. Les harpistes
utilisent plus facilement les arpèges que les accords en
matière d'accompagnement, et de même, ils interprètent
plus aisément des mélodies très coulées
que des airs au rythme très carré. C'est la raison
pour laquelle les jigs irlandaises passent aussi bien à
la harpe.

Le cas du
plin est particulièrement difficile à cet égard.
Pour une gavotte des montagnes, le point principal auquel devra
prendre garde le harpiste consistera à donner une bonne
impulsion initiale à la " vague " de la gavotte
(ce qui peut se faire par un accord marqué sur le premier
temps, mais peut également être rendu par un arpège
rapide par exemple) et également de bien marquer la surrection
finale (par exemple par une octave). Mais concernant le plin,
marquer les premier temps de manière franche est essentiel,
et il faut également faire ressentir l'idée de balancement
propre à cette danse, qui selon Y. Defrance doit être
considérée comme une danse à deux temps et
non à quatre.

De ce fait,
les possibilités d'arrangement paraissent assez limitées,
et l'interprète risque de s'enfermer dans des canevas d'arrangements
assez peu variés, consistant par exemple à marquer
systématiquement les deux temps forts. Mais s'il est important
de bien marquer le premier temps, notamment dans les mesures paires
(notamment pour bien distinguer le plin de la gavotte), il existe
davantage de liberté pour les trois autres temps de la
mesure, du moment que le dynamisme de la danse est maintenu. La
régularité des pulsations est un point essentiel,
sans quoi il devient rapidement très difficile de bien
danser.

Une solution
possible est de marquer systématiquement le premier temps
par une note basse ou un accord sans tierce, puis de sélectionner
parmi les appuis du pas de base ( | | |_| | ). Une solution plus
facile est d'utiliser un rythme syncopé avec des contretemps
(notamment le fameux ), qui donne un bon swing, mais doit être
utilisé avec parcimonie, car un plin n'est pas un rock
C'est un défaut couramment critiqué chez les groupes
de fest-noz que d'user de manière exagérée
des contre-temps. De temps à autre, il peut être
bon de faire un accompagnement calé simplement sur les
appuis de la danse, ce qui peut également aider l'interprète
à rester dans le bon style.
Jean-Marc Callois

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