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(Re) naissance de la Harpe Celtique

par Frédérique Pinot - 21 mars 2003

 

1. Introduction: la harpe celtique et son utilisation dans le répertoire breton

2. Première partie: les origines

3. Deuxième partie: Naissance de la harpe celtique

 

 

1. Introduction: la harpe celtique et son utilisation dans le répertoire breton

N1. Dans un premier temps, afin de comprendre les origines, tant physiques que l' utilisation musicale de cet instrument, curieusement, il vous faudra voyager à travers le monde, de l' Égypte à l' Irlande, en passant par plusieurs pays en Europe, avec un détour au Venezuela, tout comme il vous faudra voyager à travers le temps, depuis l' aube de la civilisation, à l' Europe médiévale, renaissance ou baroque .

Dans un deuxième temps, nous expliquerons la naissance de la harpe celtique jusqu' au mouvement du renouveau de la harpe en Bretagne il y a un ½ siècle.

Dans un troisième temps, nous parlerons de la place de la harpe dans la musique Bretonne depuis le renouveau: sa facilité à exprimer les complaintes ( gwerziou ) et la musique religieuse, sa difficulté à trouver la reconnaissance des danseurs dans la musique à danser .

Ce dernier point ouvre l' univers qu' il nous reste à explorer en matière de technique de jeux à la harpe, ainsi que la création de nouveaux concepts physiques pour la harpe.

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2. Première partie: les origines

Morphologie de la harpe celtique:

Carolan's harp

- des cordes tendues;

- perpendiculaires à une caisse de résonance;

- une forme triangulaire;

- une colonne courbée;

- une console courbée;

- des crochets ou clapets ou encore demi-tons.

Du début de la civilisation jusq' au 15ème siècle, toute recherche sur l' origine et l' historique de la harpe ne se repose que sur l' iconographie ( à l' exception d' une pièce d' origine exposée au musée du Louvres ), avec tout ce que cela comporte comme imprécision de la part de l' artiste, tant par souci esthétique ou préoccupations symboliques que par ignorance des morphologies des instruments de musique. Ainsi toute supposition décrite ci–après dans cette partie de la conférence, s' appuie sur des iconographies qui, certes nous renseignent beaucoup, mais nous laissent également remplis d' incertitudes.

Avant le 10ème siècle, il est difficile de se reposer sur des textes anciens, dont la traduction de « cruit , crot , lyra , cithara , hearpe » depuis leur langue d' origine ont été traduis par « harpe » en langue moderne, sans que l' on ait la certitude que cela corresponde à un instrument triangulaire aux cordes perpendiculaires à la caisse de résonance. Aucun de ces textes ne décrit la morphologie de l' instrument désigné par ces mots.

De même, nous écarterons toute référence à des iconographies représentant des lyres, étant un instrument aux cordes parallèles à la caisse de résonance, donc pas de la même famille ( voir Histoire de la harpe celtique ).

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Origine des cordes tendus et de la caisse de résonance:

( musique arc à bouche )

Dès que l' homme a créé l' arc et ses flèches pour chasser, il découvre le son qu' émet une corde qui vibre. En accolant l' arc sur la bouche, orifice de notre cavité naturelle qu' est notre cage thoracique, le son se trouve amplifié.

( musique kora )

En rajoutant plusieurs cordes à cet arc et en juxtaposant une cavité artificielle, faite d' éléments naturels tel que bois, écorce dur de fruit ou peau de bête tendue, se trouve ainsi créé l' ancêtre de la harpe. Les iconographies mésopotamiennes datant de 3500 ans avant JC sont les plus anciennes en notre possession, attestant déjà de l' existence de cet instrument. On le retrouve dans l' iconographie égyptienne en 2500 avant JC, portant le nom de « Benet », qui s' apparente à celui de l' oiseau fabuleux « benou » N2 . Nous sommes là dans la famille des harpes dites « arquées », que l' on retrouve aujourd'hui dans toute l' Afrique sous diverses formes ( ma harpe africaine ) et N3 ( joueur de kora ).

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Origine de la forme triangulaire : ( musique Stin Arhi … )

La partie Est du bassin méditerranéen semble être le lieu de provenance de la première « harpe » de forme triangulaire, bien que nous soyons encore loin de la forme triangulaire que nous connaissons: l' élément le plus ancien l' attestant est la statuette trouvée dans l' archipel des Cyclades datant de 2500 avant JC, exposée au musée national d' Athènes N4. Certes nous sommes dans la région des ancêtres des Grecs, mais on ne retrouve aucune trace iconographique de cet instrument à l' époque de la Grèce antique, période qui semble vouloir favoriser la lyre. De même la musique traditionnelle Grecque d' aujourd'hui, bien que très vivante, n' est pas du tout jouée à la harpe. Pourtant les sons des instruments traditionnels Grecs ( le bouzouki par exemple, autre lien troublant entre la Grèce et les pays celtiques ) se marient bien avec celui de la harpe, tout comme les airs traditionnels Grecs sonnent bien sur la harpe,ainsi que l' atteste le travail de la harpiste Grecque Elisa Vellianiti .

En hommage à cette statuette qui constitue un symbole de référence historique pour les harpistes, je vais vous interpréter un 7/8 traditionnel Grec que Elisa m' a appris, « Ti Thalassa Ti Yalani ».

Vers 1500 avant JC, la forme se précise vers un triangle plus prononcé avec cette harpe mésopotamienne et que l'on retrouve également dans l' Egypte ancienne. Cette harpe est exposée au musée du Louvres N5 et 6. Au 9ème siècle, une enluminure du monastère de Saint-Gall en Suisse représente David jouant de la harpe sur une harpe triangulaire ayant la même particularité que les 2 précédentes: elles n' ont toutes pas de colonne N7. Peut-on en déduire que cette harpe triangulaire sans colonne aurait voyagé du sud-est méditerranéen pour se développer également en Europe entre 1500 avant JC et le 9ème siècle? On trouve toutefois, mais très rarement, des harpes avec colonne dans la Grèce antique, telle celle de cette iconographie datant de 500 avant JC N8.

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Origine de la colonne : ( musique Mc Phee )

L' apport essentiel de l' Europe à la harpe est l' invention de la colonne ( affirmation à prendre avec précaution, la statuette du Kéros faisant exception. Mes lectures m' ont également amenées sur un texte mentionnant une colonne sur une harpe syrienne datant de 900 av JC, mais aucune illustration ne venait le prouver ). La harpe triangulaire sans colonne du sud-est de la Méditerranée se répandant vers nos contrées se retrouve confrontée, selon Yves d' Arcizas, facteur de harpes médiévales, aux conditions climatiques et hygrométriques, imposant aux luthiers de rajouter cette pièce pour stabiliser l' instrument. Les preuves picturales permettent de dater son apparition aux environs du 9ème siècle dans le nord de l' Écosse, ou du moins dans le nord-ouest de l' Europe, avec les harpes de Dupplin Castle ou de la croix de Nigg N9 et 10 gravées dans la pierre à cette époque par les Pictes. Leur colonne est encore plutôt droite. Il est intéressent de savoir qu' en Irlande, les sculpteurs de pierre de cette époque représentaient encore des instruments de formes quadrangulaires qui se rapprochaient plus de la lyre, comme celle de la croix de Casteldermot N11.

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Courbure de la colonne et de la console: ( musique lamentation d‘ Yseult )

La harpe va prendre un essor considérable durant toute la période médiévale, de l' Irlande à l' Espagne et l' Italie et de la Bretagne à l' Autriche. Les iconographies sont multiples: enluminures N12, tympan d‘église N13, triptyques, vitraux N14 ou encore tapisseries. Elle était utilisée tant dans la musique populaire que la musique de cour. De pièces droites au début, la colonne et la console vont se courber dès le 11ème siècle. Plus que par simple but esthétique, les raisons techniques attestent d' un savoir-faire étonnant de la part de nos ancêtres. En effet, la courbure de la console permet une diminution des longueurs vibrantes dans les mediums, celle de la colonne apporte une élasticité. Toutes deux vont contribuer à une amélioration du rendu sonore. Vers le 13ème siècle, apparaît la différenciation de 2 types de harpes: une harpe en Europe continentale ( englobant l' Angleterre et le Pays de Galles ), qui tendra vers la harpe appelée gothique à la fin du moyen-age, et une harpe en Irlande et Écosse appelée harpe gaélique ou Clàrsach. La différence vient essentiellement de la conception de la caisse de résonance et des cordes.

( Musique harpe à harpions )

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La 1ère a sa caisse de résonance réalisée à partir de 2 planches de bois creusées et réunies par collage sur leurs bords et a ses cordes bien souvent en boyaux (voir Fabrication de la harpe). Son faible nouveau sonore s' apparentant au luth sera renforcé par de petites pièces de bois placées à la base de chaque corde et de la caisse de résonance, faisant ainsi friser les cordes et appelés harpions. Il est intéressant de noter que le nom harpe vient du germanique « harpha », langue où le verbe « harfenieren » signifie encore aujourd' hui « nasarder ». Cela ne viendrait-il pas de ce bruit généré par ces harpions? La place de cette harpe en Bretagne fût souvent décrite dans les lais, poèmes narratifs en breton de cette époque. Voici une harpe représentée sur le tympan de Saint Jacques de Compostelle (12ème siècle) N15.

En hommage à cette harpe, cette époque et ce lieu de pèlerinage, je vais vous interpréter un cantiga de Santa Maria, tiré d' un recueil de 400 mélodies jouées par les musiciens de passage à la cour d' Alphonse X le sage, roi de Castille et du Léon en Espagne au 13ème siècle.

( musique Hempson )

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La 2ème a sa caisse de résonance creusée d' une seule pièce de tronc de saule bien souvent, l' assemblage colonne – console - caisse de résonance est assuré sans collage par tenons – mortaises et les cordes sont en métal. Les cordes se jouent avec les ongles, leur résonance s' apparentant à celle de cloche, exigeant une technique d' étouffés bien particulière. Voici celle exposée au Trinity College Library à Dublin, datant du 15ème siècle et associée par erreur à Brian Boru, roi d ‘ Irlande au 10ème siècle N16. Cet instrument atteindra son apogée au 15ème siècle, tant dans son développement technique que par la popularité de ses harpistes à travers les cours d' Europe. Ils jouissaient d' une haute place sociale dans l' ancienne société gaélique, mais ils souffriront de la politique de désagrégation de cette société, entreprise par les anglais au 17ème siècle. Ces harpistes deviendront itinérants et seront les ultimes derniers représentants de cette tradition gaélique lors de la fête organisée en leur honneur à Belfast en 1792. Cet événement sera moteur et précurseur à un mouvement revivaliste dans la 1ère moitié du 19ème siècle, empêchant cette tradition musicale de tomber définitivement dans l' oubli.

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Origine des demi-tons N17

 

En introduction à ce chapitre, vous allez devoir danser sur le bransle des lavandières, un bransle étant une danse renaissance dont les pas rappellent étrangement certaines danses bretonnes.

( musique Paradetas )

Il faut revenir à la harpe gothique en Europe continentale et la faire évoluer au travers de la période renaissance et baroque pour expliquer la venue des demi-tons. Jusqu' au 14ème siècle la harpe comme la musique est entièrement modale, mais à la recherche de nouveaux sons, la musique évolue vers des mélodies de plus en plus chromatiques. Au 15ème siècle, les facteurs construiront des harpes à 8 notes par octave avec une corde pour le Si? et une autre pour le Si. À la fin du 16ème siècle, le facteur florentin Vincenzo Galileï, père du célèbre homme du même nom, va inventer la harpe double, concept qui se verra également appliqué à la harpe gaélique. Au début du 17ème siècle, un facteur de Bologne inventera la harpe triple avec une rangée de notes altérées au centre et une rangée de notes non altérées à droite dans les aigus et à gauche dans les graves. L' Italie fut donc le lieu de naissance de cette harpe, mais le Pays de Galles, autre pays celtique, sera le théâtre de son plus grand rayonnement où elle est maintenant associée à son patrimoine traditionnel N18. À la même période, les espagnols inventeront la harpe double à cordes croisées. Le son parasite des harpions ne sera plus utilisé, considéré d' un goût détestable pour une musique, qui est à la recherche d' un son de plus en plus suave et épuré en ce début de l‘époque baroque.

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( musique San Raphaël )

Du 15ème siècle au 17ème siècle, la harpe va grandir et grossir afin de développer le son dans les basses, tant pour la harpe gaélique N19, passant de 85cm à 1m70 mais en gardant toujours son concept de caisse de résonance creusée d' une seule pièce, que pour la harpe continentale N20 atteignant jusqu' à 2m de haut. Au début du 16ème, les espagnols vont élargir la caisse de résonance dans les basses et développer une technique d' assemblage de la caisse, s' apparentant à la fabrication de caisse de luth, utilisant de fins morceaux de bois collés. L'‘ instrument sera de plus en plus prisé pour de l' accompagnement, les harpistes développant un jeu virtuose de basse continue. C' est à cette période, mais avant l' apparition des harpes doubles, que cette harpe partira avec les conquistadors en Amérique latine. Elle subira là-bas peu de modification par la suite et donne une bonne idée de l' aspect qu' avait les harpes en Espagne à la renaissance N21. Ils amèneront également ce jeu plus axé sur de l' accompagnement virtuose. Servant à accompagner le chanteur et renforcer harmoniquement et rythmiquement par le quatro et les maracas, la main gauche est très fournie et active, utilisant beaucoup de notes étouffées et d' accords brisés immédiatement étouffés, la main droite constamment en contre-temps de la main gauche, le tout donnant un effet guitare rythmique ou d‘un cheval au galop fort intéressant.

En démonstration, je vais vous interpréter un air vénézuélien « Puerto Miranda ».

( musique Debussy )

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A la fin du 17ème siècle, à la fleur de l' âge de la harpe triple , un ingénieur tyrolien invente un système de crochet positionné en haut de la corde, diminuant la corde d' 1/16 de sa longueur et élevant ainsi la note d' un ½ ton. Le système du demi-ton était ainsi né. Rebondissant rapidement sur le concept, dès le début du 18ème siècle, un facteur bavarois inventa un mécanisme ingénieux permettant d' actionner ces demi-tons par des pédales, chaque pédale étant reliée à la mécanique par une tringle passant à l' intérieur de la colonne, l' obligeant à perdre sa courbure. Ce système sera perfectionné par l' alsacien Erard au début du 19ème siècle lors d' un passage de sa vie à Londres, créant ainsi la harpe à double mouvement ou harpe de concert de nos orchestres d' aujourd'hui. Le système d' actionner les demi-tons individuellement à la main n' a eut que temporairement une courte durée de vie. Mais pourtant ...

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3. Deuxième partie: Naissance de la harpe celtique

Les précurseurs : ( musique Laoise Kelly )

Nous différencions donc bien la harpe celtique de la harpe gaélique. La harpe celtique possède les caractéristiques de la grande harpe à pédales: une caisse de résonance collée à une table d' harmonie, des cordes en boyau et un mécanisme permettant le chromatisme. Elle ne possède de la harpe gaélique ou de la harpe médiévale du 12ème siècle que la forme. Au début du 19ème siècle, la harpe celtique n' existait pas encore. Comme nous l' avons dit précédemment, la désagrégation de la culture gaélique et galloise par les anglais au 17ème/18ème siècle a poussé les harpistes à jouer de la musique en vogue à cette époque devant un auditoire issue de la bourgeoisie. A la recherche d ‘ une identité culturelle perdue , le 19ème siècle vit un intérêt grandissant pour ces cultures auprès des romantiques, amenant un renouveau de leur langue et de leur musique. Dans cette mouvance, au début de ce siècle, un facteur de harpe irlandais John Egan, spécialiste en harpe à pédales, créa la « Royal Portable » N22. Décrite comme « la nouvelle harpe irlandaise améliorée portative crée par John Egan, facteur de harpe à pédale » dans ses publicités, elle était destinée aux harpistes de harpe à pédales cherchant à jouer des mélodies irlandaises dans le flot de ce renouveau. Il existait 3 modèles. Le 1er était sans demi-ton, le 2nd avec des demi-tons à chaque corde actionnable à la main, reprenant le concept de l' ingénieur tyrolien. Ces demi-tons n' étaient pas de sa conception, mais la facture d' un dénommé Walton. Le 3ème avait un système à simple mouvement constitué de fourchette à chaque corde actionnée, non pas au pied par 7 pédales, mais à la main par 7 palettes situées sur la colonne. Pour la petite histoire, il paraîtrait qu' il inventa d‘abord ce système sur une harpe à pédales pour une harpiste qui perdit l' usage de ses jambes lors d' un accident. Ce système était rêvé pour sa nouvelle harpe qu' il voulait portative. Elle eut beaucoup de succès, amenant d' autres facteurs de harpe ( Morley, Haarnacks, McFall, Briggs ) à construire des modèles similaires sur l' Angleterre, l' Irlande et l' Écosse, malgré un ralentissement certain dans la 2ème moitié du 19ème siècle. Quelque que soit les modèles inventés, l' idée de fondre les techniques des harpes gaéliques aux harpes continentales ou vice-versa était lancée ( par exemple on trouvera des harpes gaéliques avec des demi-tons ). Ces facteurs les appellerons harpes irlandaises ou harpes à leviers ( lever harps ). Nos harpes celtiques actuelles sont donc issues du modèle d' Egan, bien qu' il faille encore attendre plus de 100 ans pour la voir affublée de cette adjectif.

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Le renouveau breton : ( musique renaissance de la harpe celtique )

1952 est une autre date charnière pour la naissance de la harpe celtique. Avec la désagrégation de la langue bretonne par l' école de Jules Ferry, la Bretagne se retrouve dans la 1ère moitié du 20ème siècle en pleine crise d‘identité culturelle. En réaction, les bretons chercherontà faire revivre des éléments de leur culture permettant d' attester l' origine celte de leur langue, une langue qu' on leur demande de ne plus exprimer au quotidien. Les écossais ont leur pipeband, les bretons créeront leur bagad. Les écossais et irlandais ont leur Ceilidhs, les bretons créeront leur fest-noz. Les écossais et irlandais ont leur harpe gaélique, alors pourquoi ne pas créer une harpe bretonne, se disent Gildas Jaffrenou et Jorj Cochevelou. Les lais bretons médiévaux ne font-ils pas l' éloge de leur harpiste?! S' inspirant de la harpe Morley de Lily Laskine et de copies françaises fabriquées par Martin, les 2 bretons s' attèlent séparément à la tâche. Jorj Cochevelou utilisera également ses connaissances en physique pour élaborer ses plans. Les qualités sonores et le talent de son fils Alan à jouer de cette instrument donneront à Jorj Cochevelou le crédit de sa création N23. Malgré une recherche scientifique des sons propre à un homme breton d' origine et une recherche esthétique des gravures du bois propre à la culture bretonne, les concepts de cette harpe s' apparentaient trop à celle de Egan ou des autres facteurs des îles britannique pour lui donner l' adjectif « bretonne », c' est pourquoi il choisit l' adjectif celtique, permettant d' unir les harpes de ses compatriotes d' outre-manche à la sienne ou vice-versa. Il est intéressant de noter qu' à l‘exception de Starfish, tous les autres facteurs outre-manche emploient les termes « irish harp » ou « lever harp » et non « celtic » pour leurs harpes. Ce que Jorj Cochevelou a amené de nouveau à cette harpe est donc un développement acoustique certain, un nouvel adjectif, une nouvelle identité Bretonne. Et ça marche, puisque l' avènement d' Alan Stivell dans les années 1960 N24, a fait se multiplier le nombre de harpiste sur harpe celtique en Bretagne comme en France, ce qui nous permet de nous retrouver ce soir nombreux autour de cette instrument magique.

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